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Comment retrouver une sexualité positive après un abus sexuel ?

Déborah Galopin
abus sexuel

On en parle peu et pourtant… Peut-être l’avez-vous connu, le viol, la violation de votre intimité, le vol de votre consentement, que ce soit durant votre enfance ou dans votre vie d’adulte. Aujourd’hui encore, des mois, des années plus tard, vous gardez l’empreinte de cette fameuse nuit qui n’aurait jamais dû se produire et qui a changé la personne que vous êtes. Depuis, vous vous demandez : comment vous retrouver, comment retrouver une sexualité positive après un abus sexuel ?

En parler :

Lorsqu’on subit un viol, il y a toujours un avant et un après, comme si le violeur avait ôté quelque chose en nous, notre intimité bien sûr, mais aussi notre identité, notre sentiment de sécurité qui tout d’un coup explose, notre confiance en nous et en l’autre. Les conséquences peuvent être lourdes et longues à guérir. On culpabilise, on a honte, la parole peut parfois mettre longtemps avant de se délier. La chose la plus évidente à laquelle nous pensons, c’est de fuir, d’oublier et d’enfouir en nous ce qu’il s’est passé pour continuer à avancer.

«Vivre un viol est un tsunami émotionnel dans la vie d’une personne, car il n’y a pas pire que de ne pas être respecté dans son intégrité et d’être envahi dans son intimité. C’est toute une déstabilisation de sa sécurité et de son identité surtout si cet acte immonde a été pratiqué pendant son jeune âge tel qu’un inceste par exemple», affirme Dr Amal Chabach, sexologue.

Pourtant en parler est la première chose à faire pour ne pas laisser le mal s’installer et prendre davantage d’ampleur. En parler, encore et encore, autant que cela est nécessaire, expulser ce sentiment qui bien souvent nous ronge de l’intérieur. Hurler, crier, faire sortir ce qu’on a rentré en nous contre notre gré et reprendre possession de notre corps et de notre esprit.

La crainte de l’autre :

Si les troubles de la sexualité sont l’une des premières conséquences directes d’un abus, cela se traduit aussi dans nos rapports aux autres. On n’ose plus être touchée par qui que ce soit, car on a peur qu’un homme soit incapable de respecter notre consentement. On voit en l’homme une espèce de prédateur et la sexualité comme une fin à assouvir, alors nous devenons extrêmement méfiantes dans nos rapports avec eux, que nous soyons célibataire ou en couple. Nous allons chercher à fuir leur présence, les relations amoureuses ou au contraire à nous venger. Notre image de nous-mêmes et de l’autre est complètement biaisée. Nous restons dans cette case de victime et les autres d’agresseurs. Même si c’est effectivement ce qu’il s’est passé lors de l’abus, il est important de sortir de ce cercle. Reprenez confiance en vous, apprenez votre valeur (vous n’avez pas à supporter des choses qui ne vous satisfont pas) et à vous respecter. Un travail personnel sera peut-être nécessaire pour vous aider à vous recentrer et à vous écoutez-vous.

«Le traumatisme est subi dans sa sexualité même, sa relation à l’autre et dans sa propre intégrité», souligne Dr Chabach.

En terme de sexualité, des troubles physiques peuvent survenir comme la dyspareunie ou le vaginisme. C’est un réflexe de défense de la part du corps, pour éviter que la situation d’abus ne se reproduise. Le corps se ferme et dit “non”, prenant le relais sur l’esprit, c’est une façon de vous protéger. Si c’est le cas, nous vous conseillons d’aller voir un sexologue qui saura vous accompagner. À l’inverse, une hypersexualisation peut se développer en imposant à son corps des relations sexuelles pour réaffirmer sa domination sur lui, sur soi et sur ce qu’il s’est passé.

Se réapproprier son corps :

Lorsqu’on a été bafouée dans notre chaire, on a souvent un sentiment de faiblesse, de détestation de notre corps, d’avoir été justement été réduite qu’à ça, comme si nous n’étions pas plus qu’un objet. Plutôt que de vous détourner de votre corps, ça va être le moment justement de le regarder, de l’aimer et d’en prendre soin. Cela peut passer par plusieurs choses: par le toucher, que ce soit à travers de simples caresses de votre corps, de vos bras, de votre ventre ou à travers la masturbation. S’entourer peut permettre de se rassurer soi-même. Parfois, un simple geste peut se révéler douloureux, parce qu’il réveille quelque chose en vous. Il se peut que cela vous chamboule, vous fasse pleurer. Sachez que c’est une bonne chose. Vous vous rendez compte que n’avez pas méritez cette violence, que votre corps (et vous surtout !) mérite d’être respecté. Apprivoiser votre corps est important avant de pouvoir de nouveau accepter de nouveau le contact d’un autre, cela vous aidera à reprendre le pouvoir sur vous-même.

Le sport peut aussi être un moyen pour vous réapproprier votre corps. Il vous servira à évacuer les tensions plutôt que d’accumuler une colère, une haine latente envers votre agresseur et ce que vous avez vécu. Le fait de faire du renforcement musculaire ou un autre sport – le self-defense peut être une bonne alternative même si vous n’avez pas subi d’agression physique – vous rendra plus confiante en vous-même. Après avoir été victime, vous vous sentez certainement dans une situation de faiblesse. On a profité de votre corps alors il va falloir l’endurcir, le fortifier ainsi vous pourrez vous dire “c’est arrivé, mais ça n’arrivera plus !” À force d’entraîner ce corps, vous allez l’aimer, l’admirer, vouloir étudier ses changements, être attentif à lui. Vous allez vous trouver belle.

Retrouver les joies de la sexualité :

Les conséquences du viol seront moins difficiles à s’atténuer si vous êtes avec une personne de confiance, capable de faire preuve de patience, de compréhension et de beaucoup de respect. Capable de vous accompagner et de vous comprendre dans cette souffrance. C’est pourquoi messieurs surtout ne mettez pas la pression à votre femme sinon elle revivra ce sentiment de contrainte et d’oppression. Elle a besoin d’être rassurée. De voir en vous, l’homme qui la protégera.

Avec votre moitié, vous pouvez faire un jeu. Listez l’un et l’autre toutes les choses que vous aimez dans l’intimité, les gestes, vos fantasmes, ce qui vous procure du plaisir. Ne vous limitez pas. Ce peut être les gratouilles dans le dos, les baisers dans le cou, qu’on vous caresse les cheveux, les sextos, une position en particulier… Quand vous échangez votre liste, enlever les choses que l’un et l’autre ne se sentent pas de faire ou qu’il n’aime pas trop. Ne vous offusquez pas, le but est de partager un moment de complicité.

Ensuite, amusez-vous à explorer ensemble votre sexualité à travers les deux listes que vous aurez composées. S’il y a un tabou particulier, un endroit précis où vous ne souhaitez pas être touchée, mais qui pourrait l’être malencontreusement par votre conjoint, vous pouvez le préciser également. Il saura et ne s’y aventurera pas. De votre côté, vous serez rassurée de ne pas craindre cette caresse en particulier. Ce n’est pas grave si la liste n’est pas très longue. Dans celle-ci ne doit figurer que les choses positives pour vous, il vous sera toujours possible de la rallonger ensuite.

Ne pas avoir honte :

Après un abus, il se peut aussi qu’on renonce à son propre plaisir et qu’on pose soit même des interdits parce que nous n’assumons pas le fait que nous puissions avoir une sexualité et qui plus est, épanouie. Il ne s’agit pas de vous forcer à quoi que ce soit, mais de retrouver votre rôle dans votre sexualité. N’attendez pas de votre conjoint que ce soit à lui à tout prix de vous procurer du plaisir ou à l’inverse, vouloir lui faire plaisir sans penser à vous. Vous avez le droit d’avoir une sexualité, d’y prendre plaisir, peu importe ce que vous avez subi avant ou même les questions de morale, du moment que VOUS êtes tous les deux en accord avec vous-mêmes.

La liste vous servira aussi à oser dévoiler ce qui vous aimer, à assumer vos désirs. Si certaines choses vous bloquent — et c’est bien normal accordez-vous la possibilité de lâcher prise sur toutes celles qui vous plaisent. La sexualité n’est pas quelque chose à laquelle on doit se soumettre, mais un accord, un jeu entre les deux partenaires. Il faut que ce soit un beau moment que vous vous accordiez à deux, pour vous faire plaisir à l’un et à l’autre.

La seule règle qui puisse exister dans la sexualité, c’est le respect de l’autre et de soi, de savoir s’écouter, écouter ce que nous dit à la fois notre corps et notre esprit. Alors, ne vous forcez pas, ne vous contraignez pas et sentez-vous libre. Nous vous conseillons également de faire appel à un spécialiste qui sera capable de vous aider pour retrouver une vie et une sexualité plus épanouie. Une thérapie peut être nécessaire et vous faire beaucoup de bien pour sortir certaines choses de vous et de vous en libérer. Courage <3

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