En ce moment, mon couple c'est plutôt :

Faut-il craindre les conflits ?

Marie Ségolène BOIRON (Cabinet Raphaël)
craindre les conflits

« Mon mari fuit les conflits… Dès qu’il y a une confrontation potentielle qui se profile, il se dérobe. Mais en même temps, des conflits, il y en a dans toutes les familles, plus ou moins souvent, plus ou moins fort. Alors, faut-il craindre les conflits ? »

Qu’est-ce qui fait que l’on a peur du conflit ?

Pour beaucoup, le conflit est assimilé à une forme de violence. Ils ont été marqués par des conflits familiaux qui ont dégénérés en violence physique ou verbale, du coup toute opposition, toute confrontation est perçue comme une violence qu’il faut à tout prix éviter.

Et puis, parce que le conflit introduit une disharmonie dans la relation, il est perçu comme menaçant et incompatible avec la relation d’amour. Au début de la relation amoureuse, c’est bien rare qu’il y ait des conflits… Mais passés quelques mois, quelques années pour certains, on descend de son nuage et le couple entre dans une zone de turbulence durant laquelle on découvre les différences de l’autre. Ce peut être un passage très déstabilisant qui peut donner l’impression que l’on ne s’aime plus ou que l’on s’est trompé.

Enfin, on a peur du conflit parce qu’il nous affecte en profondeur, il fait émerger des sentiments désagréables comme la colère, l’agacement, l’impatience, la révolte, le dégoût que nous percevons et dont nous ne savons que faire :

« Quand il fait cela, je me mets en colère, ça me met hors de moi. Du coup, j’ai peur de ce que je pourrais lui faire, ou lui dire… »

Alors c’est quoi un conflit ?

Un conflit c’est :

• Une situation entre deux personnes au moins.

• Dans laquelle est mis en évidence une opposition, un affrontement.

• Entre des intérêts, des attentes, des valeurs ou des besoins différents et apparemment incompatibles ou inconciliables.

• Et cela provoque une tension, une frustration, une incompréhension, de l’agressivité, de la souffrance, qui sont les signes du conflit…

Par exemple : « Monsieur aime ouvrir en grand les fenêtres quand il fait beau et Madame est en pétard, parce que ça fait rentrer la poussière dans la maison. » C’est une situation de conflit, où le besoin de monsieur vient se confronter au besoin de madame.

Cette situation qui advient n’est ni positive ni négative. C’est un état de fait, révélateur de la différence des deux conjoints. Il constitue en soi une confrontation, car il confronte les besoins de Monsieur avec les besoins de Madame qui paraissent ici incompatibles.

Il y aurait donc différentes manières de réagir au conflit ?

Oh que oui ! il n’y a qu’à regarder autour de soi ! Il y a des familles où des conflits éclatent en permanence : Ça cri, ça hurle, les portes claquent, les insultes fusent, l’ambiance est explosive. À l’opposé, d’autres semblent ne pas connaître cette réalité, il n’y a jamais un mot plus haut que l’autre, jamais un reproche ou une revendication… Tout le monde semble toujours d’accord.

Une certitude cependant, le 0 conflit n’existe pas, c’est une illusion. Nous avons chacun une manière différente de réagir lorsqu’un conflit se profile, et cette réaction va impacter la manière dont il va se manifester.

Faites le point vous-même ! Comment réagissez-vous dès qu’une tension naît ?

Certains vont mobiliser leur agressivité, sortir les griffes et attaquer. On répond alors à une insulte par une insulte, à un coup par un autre coup. On « va au front », on « monte au créneau ». La tension perçue se décharge sur l’autre d’une manière ou d’une autre. Le conflit se manifeste donc sous la forme d’une explosion plus ou moins violente.

D’autres vont avoir tendance à se soustraire au conflit, à travers une attitude de fuite, d’effacement, de déni même. Dans cette attitude, une femme dont le mari brise par négligence son vase préféré pourra ne formuler aucun reproche et en être pourtant profondément atteinte. Elle justifiera sa passivité « c’est que du matériel après tout » ou bien « je suis bien certaine qu’il ne l’a pas fait exprès » ou bien encore « c’est de ma faute, j’aurai du le mettre en sûreté ». Minimiser l’offense, en prendre la responsabilité, voire la nier est plus simple pour elle que de s’affronter à l’offenseur. Dans ce cas, le conflit n’éclate pas, et l’on peut avoir l’illusion qu’il n’y a pas eu conflit.

Une troisième manière, plus subtile, c’est la manipulation, en manipulant la réalité des faits. Par exemple, l’agresseur va nier son implication dans le conflit et en retourner la responsabilité à la personne agressée. Et hop ! Par exemple « c’est de ta faute aussi, tu n’avais qu’à pas poser ce vase à cet endroit ». Cette attitude vise là à étouffer le conflit, ce qui est une autre manière de s’y soustraire.

Ces attitudes entraînent souvent les personnes dans des schémas de répétition. Ils ne permettent pas de résolution des conflits, si ce n’est une résolution à court terme.

Donc, il y aurait des raisons de ne pas en avoir peur des conflits ?

Oui, ou tout du moins de porter un regard moins négatif dessus. Pas si simple quand les disputes envahissent la relation !

Mais le conflit, ce n’est pas forcément la dispute. La dispute, c’est le conflit qui dégénère, c’est le conflit mal géré ! Et autant la dispute est stérile, autant les conflits sont des réalités incontournables dans la relation, qui peuvent être vues comme de véritables opportunités pour le couple.

Le conflit est un levier de croissance et d’adaptation. Dans le conflit, ce sont deux altérités qui se confrontent et qui s’expriment. Le conflit agit comme un révélateur.

Un couple vivait de fréquentes disputes à propos de leur petit garçon, parfois très violentes. Relire une situation à froid, en se connectant à ce qu’ils avaient vu, pensé, ressenti dans la situation leur a permis dans un premier temps de faire le point sur ce qui s’était joué pour eux-mêmes. Cette prise de conscience personnelle les a rendus capables d’en rendre compte à l’autre. Chacun s’est ainsi décentré pour découvrir la situation « du point de vue de l’autre » et de mieux la comprendre. Ce travail a éclairé d’autres situations communes, mis en évidence des jeux relationnels dont ils n’avaient pas conscience. Ca été pour eux un moyen à la fois de mieux se connaître mutuellement, mais aussi de faire évoluer leur relation.

Une femme n’osait jamais reprocher à son mari une attitude qui lui déplaisait profondément, et elle se justifiait « ce n’est pas bien grave… après tout » elle fuyait la confrontation. Néanmoins, mettre des mots sur son ressenti dans cette situation : l’agacement, le dégoût, la colère, lui a permis de reconnaître ses besoins : besoin de se sentir respectée, besoin de reconnaissance… Juger le comportement de son mari comme n’étant « pas grave », c’était d’une certaine manière nier l’impact qu’il avait sur elle et donc de ne pas se respecter elle-même. Comment son mari pouvait-il la respecter si d’une certaine façon elle autorisait ces comportements en ne posant pas de limites ? Visiter cette situation l’a aidée à mieux se comprendre, et par la même à mieux s’affirmer face à son mari.

Alors, quelle attitude pour mieux gérer le conflit ?

La première chose qui me semble essentielle, c’est de savoir les reconnaître lorsqu’ils adviennent. La peur du conflit peut générer un déni, on l’a vu. À l’inverse, certains peuvent être dans une forme de banalisation, une autre manière de nier les conséquences du conflit. La banalisation et le déni ne laissent aucune place à la résolution d’un conflit. Il reste ouvert, irrésolu et ainsi prépare le nid du prochain conflit.

Cela implique d’abord de prendre sa juste place dans le conflit quand il advient, ni dans la domination, ni dans l’effacement ou la soumission. Celui qui répond naturellement au conflit par l’attaque aura à modérer son agressivité, celui qui a tendance à la fuite ou au déni devra mobiliser sa combativité pour affronter le conflit, et oser s’affirmer face à l’autre.

Contenir sa réactivité aide à garder la tête froide et à rester connecté à la réalité : réalité des faits (ce qui se passe), réalité de ce que je ressens (la colère, la déception, la révolte, du découragement), réalité de ce qui est heurté en moi (besoin de respect, besoin de calme, besoin d’encouragement)… Ce qui peut permettre de communiquer avec fermeté, sans agressivité, et de façon factuelle, non pas dans un « Tu » accusateur : « tu m’énerves, c’est toujours la même chose avec toi » qui envenime la situation, mais en parlant en JE. Une femme subissait en silence son mari comparant sa cuisine à celle de sa mère. Elle a pu ainsi lui affirmer « quand tu dénigres ma cuisine, je me sens démoralisée, car j’ai besoin que mes efforts soient reconnus. »

Et s’il dégénère, il n’est pas résolu, c’est une certitude ! Alors, ayons le courage de le reprendre à froid et d’ouvrir un espace de dialogue où chacun pourra percevoir la réalité de ce qui a été vécu par l’autre.

Grâce à ce dialogue, les personnes vont pouvoir s’expliquer et se comprendre et ainsi élargir leur point de vue sur l’objet du conflit. Clarifier et se communiquer les faits, les ressentis qu’ils ont générés pour chacun, les besoins qu’ils ont heurtés ouvrira un espace de négociation qui permettra à chacun de mieux s’ajuster à l’autre. Seuls cette relecture et ce dialogue permettront une vraie démarche de réconciliation et de pardon mutuel.

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