En ce moment, mon couple c'est plutôt :

#1 Les conseils de ma grand-mère : Sommes nous vraiment faits l’un pour l’autre ?

Cécile de Thé
sommes nous faits l'un pour l'autre

Les noces d’or de mes grands-parents resteront un souvenir indélébile. Pour moi, jeune fille à l’époque, ce vieux couple encore très amoureux était une énigme et me laissait aussi béate qu’une méduse… Mais bon sang, comment ont-ils fait ? Quel était leur secret ? Comment ont-ils su que ça marcherait ? Comment pouvaient-ils à 20 ans être sûrs qu’ils étaient vraiment faits l’un pour l’autre ? Aujourd’hui, je suis une femme mariée mère de famille, j’ai tenté à mon tour l’expérience du couple heureux et les confidences de ma grand-mère m’ont bien aidées…

On ne tombe pas amoureux par hasard…

D’après ma grand-mère, chacun hériterait du poids de son histoire familiale, d’un affect plus ou moins fantasmatique de son enfance dont il est nécessaire de s’extraire peu à peu pour exister par soi-même. Toute la personne resterait toutefois imprégnée de son vécu qui influencera inconsciemment son choix amoureux. En tombant en amour selon sa jolie expression, on projette un peu sur l’autre ce manque narcissique en espérant qu’il viendra le combler. Par exemple si l’un est plutôt du genre cocooning, il aura tendance à être attiré par un autre plus dynamique qui le bousculera un peu comme le faisait son papa. À l’inverse, le plus actif des deux sera apaisé par la présence de son compagnon plus contemplatif.

Autre exemple : celui qui a un caractère fantaisiste et bohème se trouvera rassuré aux côtés d’un autre très organisé qui veillera sur lui comme le faisait sa maman. En clair, si l’autre contribue à me compléter, il devient accessible et je peux alors m’abandonner et me laisser porter par sa psyché…

Différences et complémentarité font le bon équilibre

Ce qui est essentiel, assure mon aïeule, c’est que les deux soient sur la même longueur d’onde en ce qui concerne les valeurs, projets de vie de couple et éducatifs. En revanche, avoir et faire trop de choses en commun ne garantira pas la longévité du couple, ça peut devenir vite étouffant ou ennuyeux pour l’un des deux ! Comme la fusion de deux entreprises, promesse de richesse et de développement, la plus rusée aura vite fait d’engloutir l’autre plus fragile, ainsi le couple se brisera au profit du plus fort…

Attention, précise ma grand-mère, si on est trop indépendant ça ne marche pas non plus, car la vie à deux ne se construit pas sur un excès d’autonomie : on ne se retrouve jamais et la communication devient impossible si aucun ne veut lâcher son espace de liberté ni empiéter sur les désirs de l’autre. Devant mon découragement ma chère conseillère si expérimentée m’expliqua alors le bon compromis : si chacun se respecte dans ses différences, ce qui les sépare devient justement ce qui les enrichit et même les fragilités deviennent attachantes ; avec une juste perception de l’autre associée au bien-être ressenti en sa compagnie, une merveilleuse complicité peut s’installer, favoriser la communication et l’épanouissement du projet de couple. Ainsi c’est une histoire de complémentarité où chacun aura besoin de l’autre pour grandir…

Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre

Les confidences de ma grand-mère se firent alors plus personnelles : elle était une femme moderne pour son époque, féministe et engagée ; mon grand-père au contraire n’aimait que la vie paisible auprès de ses enfants à la campagne. J’imagine assez bien leurs différences et comment ils se complétaient, Lui apportant sérénité et sagesse, Elle l’esprit d’avant-garde et le goût pour l’aventure.

Malgré leurs caractères positifs et joyeux, ils étaient très différents, leur vie n’a pas été un long fleuve tranquille et ils se disputaient souvent, mais se demandaient toujours pardon après… Chacun a dû faire des renoncements pour obtenir des compromis. Mais ces nombreux conflits qu’ils ont vécus ont aussi nourri leur relation, sinon ils n’auraient sûrement pas pu rester aussi unis depuis 50 ans ! Tels des alpinistes en cordée ils ont forcément dû apprendre à s’accorder, tenant compte du rythme de chacun, partageant le même espace sans s’asphyxier et traversant les épreuves ensemble, vaille que vaille, en s’appuyant l’un sur l’autre avec tendresse, patience et respect.

Ma grand-mère fut honnête, elle m’avoua combien ce chemin de vie à deux est un travail long et exigeant de volonté, mais quel bonheur d’avoir atteint le sommet ensemble !

La vie de couple c’est un travail de bâtisseur…

« J’ai eu beaucoup de chances, continue ma grand-mère, depuis toute petite j’ai baigné dans un climat familial affectueux, mais exigeant où j’étais moins sollicité par le plaisir que par l’effort. J’ai connu très tôt l’apprentissage de la frustration et cela m’a permis de me construire librement. Cultiver le manque permet en effet d’apprécier la rencontre et de s’épanouir pleinement dans la complicité de la vie à deux. J’ai compris avec le temps que le conjoint idéal n’existe pas, c’est un fantasme de croire que l’autre pourra nous combler totalement et une utopie d’imaginer pouvoir le changer : il est autre, on ne le possède jamais, il a sa liberté d’être qu’il faut respecter. La vie à deux ne résout pas non plus tous les problèmes de l’existence, un bonheur à construire cela demande une bonne dose d’humilité. Comme pour bâtir une maison, il faut veiller à ce que les fondations soient solides pour résister aux tempêtes ».

Finalement le couple c’est comme la vieille automobile de mes grands parents, car elle marche encore ! Sans nul doute l’ont-ils toujours bichonnée comme un trésor, entretenu régulièrement son moteur en prenant le temps de comprendre les pannes pour la réparer… L’idéal c’est de toujours avoir à construire ensemble…

La pudeur et les mots chastes de ma chère grand-mère encore amoureuse ont suffi pour comprendre que tout le reste en découlait naturellement et qu’il aurait été déplacé de ma part d’évoquer l’intimité et la sexualité conjugale. Valeurs communes et complémentarité, humour et tendresse, humilité et volonté, voilà le secret de longévité de son couple !

Impossible d’être sûrs de réussir au départ de cette aventure à deux, mais si tous les ingrédients sont réunis il reste fort peu de chances d’échouer…

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