En ce moment, mon couple c'est plutôt :

Oui, avoir un enfant, ça fait peur !

Caroline Lefévère
peur avoir un enfant

« Quand je vois les couples avec des jeunes enfants autour de moi, ça me fait peur : j’ai peur de perdre mon indépendance, d’être réduite à un rôle de mère, d’être moins femme, de ne plus pouvoir vivre ma vie librement, de voir mon corps déformé par la grossesse, de souffrir pendant l’accouchement, de ne pas savoir éduquer mon enfant, ni de l’aimer assez. »

Lundi matin, 9 h, devant la machine à café, la semaine commence fort : Delphine déballe les grands dossiers et se demande si elle est normale. Visiblement, le sujet trouve un écho favorable en face d’elle, Nadia prend le relais : « Certains parents renvoient une image horrible ! On a l’impression qu’ils sont complètement réduits en esclavage par leur enfant, qu’ils sont suspendus à la moindre volonté d’un petit tyran ! »

Face à elles, avec mon ventre de grossesse rebondi, je les écoute, les yeux écarquillés. Gênées, elles ajoutent « non, mais toi tu as l’air ravi d’être enceinte, j’espère qu’on ne t’a pas découragée ».

Que la liste des angoisses liées à la maternité/paternité est longue ! Que la pression sociale et familiale sur les couples (sur les femmes surtout) est forte ! À grand renfort de remarques telles que : « Et le bébé, c‘est pour quand ? » ou encore « tu verras quand tu auras des enfants ».

Il y a aussi ces listes de cases à cocher qui, souvent, peuplent notre imaginaire. On aura un enfant lorsqu’on aura coché : le couple bien installé, le CDI, le grand appartement, la voiture, le sentiment d’avoir suffisamment profité de la vie, etc. La liste des choses qui nous paraissent indispensables au préalable peut s’allonger longtemps, longtemps.

Et puis, il y a ces exigences inconscientes et parfois incompatibles qui pèsent sur nous : une « bonne mère » doit être une mère présente, bonne éducatrice menant une vie professionnelle accomplie, tout en restant féminine, amoureuse de son conjoint, cultivée, etc.

Alors, comment être plus serein(e) face à la perspective de devenir parent ?

Avoir peur, rien de plus normal !

C’est presque l’inverse qui ne le serait pas ! Avoir un enfant, si on y réfléchit bien, c’est même vertigineux ! Quand j’ai un enfant, contrairement à l’expression, je ne « fais » pas un enfant : j’aimerais qu’il arrive, mais je ne sais pas quand la grossesse va démarrer ni comment sera mon enfant (sexe, caractéristiques physiques, santé). C’est le saut dans l’inconnu ! L’enfant vient à travers moi, mais je ne le fabrique pas.

L’enfant me met face à l’expérience inoubliable de la vie qui jaillit, mais cette expérience radicale me montre aussi que si la vie à un commencement c’est aussi qu’elle a une fin.

Alors parfois, annoncer d’un ton péremptoire « je n’aurai pas d’enfant » est une manière déguisée de mettre fin à une pression familiale et amicale jugée trop angoissante.

Tordez le cou à la mère parfaite !

On vous l’a dit et redit : le parent, et en particulier la mère parfaite n’existe pas alors cessez une bonne fois pour toutes de vous y référer ! Admettez et faites admettre à votre conjoint, s’il en doutait encore, que vous n’êtes pas Superman/woman.

Oui, je sais que les magazines regorgent de photos de stars au ventre rebondi ou de couples radieux tenant leur bébé dans les bras, Madame ayant, cela va de soi, retrouvé sa ligne à la sortie de la maternité. Bien sûr, nous avons tous autour de nous ces exemples de parents à qui tout semble réussir : enfants, couple, vie professionnelle… Mais nul n’est dans le secret des cœurs et des intimités alors, décidez une bonne fois pour toutes de ne pas vous comparer aux autres !

De toute façon, être parent c’est faire l’expérience de sa propre finitude, de sa faiblesse, de ses limites. Vous ne serez pas obligé(e) de faire comme vos parents avec vous. Vous ne serez pas non plus obligé(e) de faire comme ces mères qui disent ou font croire que tout va toujours très bien, merci. Vous aurez le droit de confier vos doutes, vos angoisses à quelqu’un d’apte à les entendre : autre parent, proche, professionnel.

À la question « qu’est-ce qu’une bonne mère ? » la célèbre psychanalyste Françoise Dolto répondait : « Une bonne mère, c’est une mère que l’on peut quitter ».

Et c’est là tout le paradoxe : on élève un enfant pour qu’il nous quitte ! Alors, détendez-vous !

Des clés pour avancer…

Vous pouvez jeter à la poubelle la liste des choses à cocher avant d’être parent. Ou plutôt vous pouvez faire le tri et n’en garder que l’essentiel ! Un enfant a besoin de beaucoup moins de choses matérielles que ce que la société de consommation veut nous faire croire. Deux parents qui s’aiment et qui aiment leur enfant, voilà l’essentiel. Pour le reste, votre bon sens, telle une boussole efficace, devrait vous aider.

Si vous avez autour de vous des couples qui, par leurs plaintes, ne cessent de vous renvoyer une image angoissante de la maternité/paternité, demandez-leur gentiment de cultiver une certaine pudeur avec vous par rapport à des choses qu’ils vivent douloureusement. Il n’y a rien de pire qu’une femme qui impose le récit de son accouchement, à grand renfort de détails, à ses collègues de bureau célibataires qui ne lui ont rien demandé et repartent, marquées par des images traumatisantes qui jouent ensuite comme de puissants repoussoirs.

L’ouverture à la vie demande une forme de décentrage de soi, d’abandon, de lâcher-prise. Dans une société qui encadre, monnaye, veut maîtriser le risque, la maternité/paternité demande précisément d’accepter une part de risque, de consentir à la vie telle qu’elle va arriver et non pas telle que nous voudrions qu’elle soit.

La meilleure façon d’être mère/père sera la vôtre avec vos limites, votre histoire personnelle et vos imperfections, mais aussi et heureusement, votre créativité, votre amour, votre bonne volonté, votre bon sens. Chaque enfant est différent et, en mettant vos pas dans les siens, vous pourrez l’accompagner pour qu’il devienne un adulte libre, responsable, capable d’aimer et de se donner à son tour.

En devenant père ou mère, vous n’êtes pas obligé(e) de perdre au passage toute masculinité/féminité, d’en oublier votre couple ou de faire une croix sur votre vie professionnelle. Ce site est fait pour vous donner de multiples conseils pour bien vivre en couple et en famille. Alors n’hésitez pas à en abuser !

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