En ce moment, mon couple c'est plutôt :

#2 les conseils de ma grand-mère : femme, mère, épouse, comment concilier les 3 ?

Cécile de Thé

Ma grand-mère n’a jamais travaillé, du moins au sens économique du terme, car selon moi elle n’était pas sans profession, mais avait plutôt cent professions ! Comment a-t-elle pu conserver à la fois sa dignité de mère, d’épouse et de femme sans sa paye en fin de mois ? Aujourd’hui notre contexte de vie est très exigeant pour les femmes : c’est bien beau de faire des enfants, mais encore faut-il pouvoir les élever correctement et concilier au mieux carrière et famille, tout en restant une femme moderne, active et séduisante, en bref parfaite ! La tâche est rude…

Au secours grand-mère, comment as-tu fait ?

Être respectée sans reconnaissance sociale ?

Ma chère grand-mère est une mamie comblée : 17 petits enfants ! Et pourtant elle a réussi le pari incroyable d’avoir su être à la fois une femme, une épouse et une mère accomplies. Quand elle se raconte, c’est toujours avec beaucoup de nostalgie que je l’écoute : sa sérénité me fait du bien… Ses parents ont beaucoup sacrifié pour les études de leur fille : certes elle était vouée à fonder une famille comme c’était dans l’air du temps à l’époque, mais elle ne devait pas pour autant rester ignorante ; elle sut parfaitement accompagner son mari médecin dans ses choix de carrière et ses difficultés professionnelles, faire l’intermédiaire (l’infirmière ?) entre les grandes étapes de sa vocation et les patients exigeants ou pressés… Elle était sûrement très efficace et c’est à se demander lequel des deux travaillait le plus !

Je suis bien certaine que mon grand-père n’aurait jamais atteint un tel degré de notoriété (donc de salaire) sans cette merveilleuse épouse à ses côtés. Hélas ce job à temps plein dans l’ombre n’a jamais été reconnu par la société, ça ne rapportait pas ! Toutes ces heures passées à la maison avec ses enfants n’ont jamais été considérées comme un travail (au moins 100 heures par semaine d’éducation, gestion, organisation !). Un salaire aurait été largement mérité, mais ma grand-mère s’en fichait et ne s’est jamais sentie inférieure pour autant, car les mentalités étaient différentes : tout en assurant une sécurité matérielle au foyer par son activité de médecin généraliste, mon grand-père lui était profondément reconnaissant pour cette œuvre magnifique qu’elle accomplissait quotidiennement pour sa famille et pour lui ; et leur couple est toujours resté très uni.

Aujourd’hui notre société et notre niveau de vie ont changé…

La libération sexuelle de 68 a permis aux femmes de sortir de l’ombre, les féministes ont réveillé celles qui s’étaient endormies dans leur train-train des couches ménage-cuisine pour les propulser en avant de la société comme des ayants droit au même titre que les hommes.

Depuis l’époque de ma grand-mère, notre niveau de vie a considérablement augmenté et la majorité des femmes font des études plus longues, se marient plus tard et font moins d’enfants. Elles désirent fonder une famille, mais en même temps elles ne veulent pas sacrifier leur carrière professionnelle ; elles exigent, et on peut le comprendre, d’être reconnues socialement en restant dans la vie active et en gagnant assez d’argent pour accéder à une vie aussi confortable que celle de leurs parents.

« Mais à vouloir trop avoir, on perd tout ! » s’exclama soudain ma grand-mère. « Les femmes se trompent de combat et oublient que la maternité est avant tout leur monopole : elles seules peuvent porter leur enfant pendant neuf mois et cette osmose affective et psychologique est fondatrice dans leur statut de mère, car leur nature profonde s’y accomplit pleinement… »

« La proximité charnelle que la mère a connue avec son enfant durant sa grossesse puis les premiers mois de l’enfant ne peut s’achever brutalement pour revenir au travail sans angoisses ! À vouloir à tout prix être en même temps une working-girl, une femme fatale et une maman irréprochable, elles s’enferment dans une culture de la perfection en jonglant avec deux métiers harassants en parallèle. Si ces femmes méritent assurément notre admiration, elles se retrouvent aussi surbookées, hyper stressées, et elles finissent inévitablement par transmettre leurs angoisses à leur progéniture. On voit bien combien les cabinets de psy pour enfants perturbés ne désemplissent pas… La plus libérée n’est pas celle que l’on croit ma petite fille, il faut leur dire qu’elles ont le droit d’être imparfaites et vulnérables ! »

Un équilibre difficile à trouver…

Selon ma grand-mère le mouvement féministe qui a voulu libérer la femme du joug patriarcal était inévitable, mais au final cette révolution sociale a engendré un profond déséquilibre dans les esprits en niant la vraie nature de chacun… Toujours aussi clairvoyante et sage, elle a compris combien il est difficile pour les femmes d’aujourd’hui de trouver leur équilibre.

Toutefois elle reste formelle sur un point : c’est un déni de réalité de refuser de reconnaître la richesse de la nature profondément mère des femmes ; elles ne devraient pas avoir à sacrifier leur féminité pour prouver leur indépendance ! Pour elle c’est une certitude, aucun homme ne pourra remplacer la patience et la douceur d’une maman. Mais elle va plus loin dans sa réflexion : les femmes sont aussi un atout indéniable dans le monde du business qui devrait sortir du prêt-à-penser et tirer parti de leur charisme : dans un monde de brutes, elles apportent des nuances, de la créativité et de l’altruisme…

Chateaubriand le disait déjà à son époque : « sans la femme, l’homme serait rude, grossier, solitaire, et il ignorerait la grâce qui n’est que le sourire de l’amour… »

Cependant sa nature fragile et ses grossesses la soumettent à des absences répétées qui peuvent inévitablement être contrariantes dans une entreprise. Selon ma grand-mère toujours aussi passionnée et jeune d’esprit, c’est à la société de s’adapter : il ne faut pas se priver de la richesse des emplois féminins, mais au contraire s’ajuster à leur nature en développant des conditions de travail ajustées, comme le mi-temps professionnel et les crèches en entreprises. Cependant il faut bien reconnaître que la situation financière du couple peut être fragile, il n’y a alors pas de choix possible et s’ajuster aux besoins de chacun peut exiger beaucoup de courage et une santé de fer pour tenir le rythme…

Préserver son intimité pour gagner en qualité de vie !

Résolument moderne, ma grand-mère m’exhorte alors à me battre pour réformer les valeurs sociétales afin que la femme y retrouve sa juste place sans avoir pour autant à renier sa nature : il faut réconcilier la femme avec sa féminité, dit-elle, en changeant la représentation de la mère au foyer et en réinventant un nouveau féminisme incarné ! L’essentiel pour la sérénité d’une femme-mère-épouse serait qu’elle ose être à contre-courant en exprimant son ressenti et ses désirs sans culpabiliser, et qu’elle assume ses vulnérabilités comme de vraies richesses ; bref, une femme active et séduisante à la fois, qui garderait assez de recul sur son quotidien pour rester ouverte aux autres sans crouler sous les tâches ménagères ou éducatives.

Elle rajoute avec sagesse que l’écoute réciproque et la communication dans le couple favorisent la solidarité dans les tâches quotidiennes et les projets de vie : il faut rester disponible pour ce qu’on aime et ceux qu’on aime. À son image on a vu en effet combien son choix de mère au foyer est tout aussi courageux et honorable et comment la manière dont le conjoint considère cette activité est capitale.

Ma chère conseillère est aussi une épicurienne et rajoute in fine l’importance de savoir savourer de bons moments hors de toute considération professionnelle ou familiale et quelles que soient les conditions de vie : une nuit blanche à faire la fête avec des amis, une bonne grasse mat à deux, un bon vin pétillant à partager en se regardant bien dans les yeux, un film qui nous fera rire ensemble, bref des petits bonheurs tout simples et bons à partager qui font oublier les soucis et surtout qui consolident la relation de couple.

Enfin elle termina, en se renversant en arrière dans son fauteuil avec un long soupir nostalgique : « pour être tout à fait honnête, je dois t’avouer mon regret de n’avoir pas compris cela plus tôt ! »

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